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Consentir en thérapie : questionner la place du non.

Le consentement est au cœur de nombreux débats actuels. On entend parfois « seul un oui est un oui », ou «encore «  à tout moment on peut dire non » . Il me semble que l'important est de questionner si le non est réellement possible, si le contexte le permet réellement. Et cette question s'applique aussi à l'espace thérapeutique.


Est-ce que la personne peut vraiment dire non ? Est-ce qu’elle le sait ? Est-ce qu’elle le sent dans son corps, dans la relation, dans l’espace ? Est-ce que ce « non » a une place réelle, ou est-ce qu’il vient menacer quelque chose de l’alliance thérapeutique, de la légitimité à être là, de l’accès au soin ?


En tant que thérapeute queer et féministe, ces questions ne sont pas périphériques. Elles sont centrales, surtout quand on travaille avec des personnes ayant vécu des violences, des oppressions systémiques, souffrant de traumatismes...


Et encore davantage quand on utilise des outils comme l’hypnose ou l'EMDR qui mobilisent des états de conscience modifiés, des images intimes, des émotions profondes .



Le consentement : une illusion dans un monde dissocié ?


Dans un monde patriarcal, raciste, validiste, hétéronormé, on apprend très tôt à se couper de soi, de ses ressentis, de ses émotions, souvent même de ses propres limites. On apprend à ne pas déranger, à s’adapter, à dire oui quand on pense non, à tolérer ce qui est intolérable. Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec un rapport profondément troublé au consentement parce qu’elles ont été formées à consentir « par défaut ».


Alors, comment oser dire « je ne veux pas » dans un cadre thérapeutique, face à une personne perçue comme experte, bienveillante, parfois même idéalisée ?


Comment sentir ses propres limites quand elles n'ont jamais été apprises, respectées ? Les traumatismes de l’attachement peuvent créer cette confusion : vouloir faire plaisir, avoir peur d’être jugé·e, d’être abandonné·e, ou encore, ne pas avoir les mots pour exprimer un malaise diffus.


Dans ce contexte, le consentement ne peut pas être présumé, il demande un travail relationnel continu, une écoute des micro-signaux, des silences, des tensions dans le corps, des hésitations dans la voix. Il demande de décoder ce qui ne se dit pas, ou pas encore.



En hypnose ou en EMDR : le consentement au cœur du processus


Les techniques d'hypnose et d'EMDR rendent ces enjeux encore plus cruciaux. Parce qu’elles mobilisent le corps, la symbolique, les images mentales...

Parce qu’elle touche au non-verbal, à l’inconscient, à ce qui échappe à la rationalité, elle peut donner l’impression d’un abandon, d’un lâcher-prise, qui n’est pas neutre quand on a déjà été contraint·e, envahi·e, dissocié·e.


Certaines personnes peuvent entrer dans un état d’hypnose en apparence fluide, tout en vivant un conflit intérieur : faire plaisir au·à la thérapeute, aller au bout « parce que c’est ce qui est prévu », rester dans l’expérience même si elle devient floue, inconfortable, voire intrusive.

C’est pourquoi, dans ma pratique, je ralentis. Je nomme ce qui pourrait se passer. J’ouvre la possibilité de l’interruption à chaque instant, y compris dans l’induction.

Je dis des choses comme : « A tout moment vous pouvez bouger, parler, décider de suivre ou non mes suggestions, de revenir ici et maintenant si vous le souhaitez... ».Régulièrement au cours des transes je répète des phrases comme : « c'est vous qui avez le contrôle » , « c'est vous qui décidez » etc...

Et surtout, je suis vigilante et accompagne toute la séance, même les moments silencieux, je suis présente: les paupières qui s’agitent, une tension dans le cou, un soupir, des sourcils froncés...

Je considère que le corps parle parfois avant les mots, et que c’est mon rôle d’y être attentive sans interpréter trop vite.


Mon rôle est de « calibrer », c'est à dire observer en permanence afin de tendre au plus de sécurité possible lors de ces séances, tout en gardant à l'esprit qu'elle peuvent être éprouvantes et que le rythme est celui de la personne que j'accompagne.



Une posture anti-oppressive


Travailler dans une perspective queer et féministe, c’est aussi reconnaître que le cadre thérapeutique n’est pas neutre.

Il peut reproduire des dynamiques de pouvoir, des normes implicites, des attentes de performance. Il peut amener la personne qui consulte à une quête de « réparation » qui peut ressembler à une normalisation : être plus fonctionnel·le, plus calme, plus adapté·e au monde tel qu’il est.


Il est important de garder à l'esprit qu'il n'y a pas de façon unique et « normale » d'être au monde. Que l'angoisse peut être une boussole, que la colère doit parfois trouver sa place plutôt que d'être calmée, que parfois fuir est plus bénéfique pour soi que rester...


Inclure le consentement à chaque instant de la pratique c'est adopter une posture humble, c’est refuser de « formater » ou « normaliser » l’espace psychique de l’autre, même sous couvert de soin.



Le soin comme espace de reprise de pouvoir


Dans cette approche, la thérapie devient un lieu de réappropriation : des sensations, des limites, du langage, du temps.

Il devient possible de réapprendre à sentir, à choisir, à refuser, d'explorer ce que c’est que de vouloir ou non. Et parfois, cela passe par des toutes petites choses : ne pas répondre à une question. S’autoriser à dire « je ne sais pas » ou « ça me met mal à l’aise ».


Consentir, ce n’est pas être d’accord. C’est être libre de ne pas l’être. C’est pouvoir dire « oui » sans avoir peur, sans devoir se tordre. Et c’est surtout pouvoir dire « non » sans conséquence punitive, explicite ou implicite.


Le consentement en thérapie, ce n’est pas un « outil » ou un « cadre ». C’est une pratique radicale, une manière de se ré-approprier son espace mental, son corps, ses choix.

C'est une manière de rendre du pouvoir, dans un monde qui l’a trop souvent confisqué.

 
 
 

Commentaires


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Nahé Tomek Psy Thérapeute Féministe

Psychotrauma EMDR - DSA

Hypnothérapeute à La Ravoire, proche de Chambéry.

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