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Les fêtes de fin d’année : ce que cette période fait à nos santés mentales

(et comment prendre soin, ensemble, en douceur)


À l’approche des fêtes de fin d’année, le discours dominant sature tout l'espace : joie, retrouvailles, chaleur, magie.... Tout semble devoir être lumineux, fédérateur, heureux.

Or pour beaucoup de personnes, cette période est lourde, exposante, parfois douloureuse.

Parler de santé mentale en fin d’année est nécessaire. Cela permet de rendre visibles des réalités que le récit collectif laisse trop souvent hors champ.


Une période socialement saturée


Les fêtes concentrent en quelques jours une accumulation d’attentes sociales : être entouré·e, être reconnaissant·e, être disponible émotionnellement, participer, sourire, (sur)consommer....


Cette saturation peut être éprouvante pour de nombreuses personnes :

-celles qui vivent des conflits familiaux ou des ruptures

-celles qui sont isolées, endeuillées, précaires

-celles pour qui la famille est un lieu de violences ou de non-reconnaissance

-celles dont les identités, les choix de vie ou les corps ne rentrent pas dans la norme festive

-celles dont la santé mentale est fragile, fluctuante, épuisée....

-celles qui sont séparé·es de leur famille malgré elleux...etc.


La période des fêtes ne crée pas ces vulnérabilités. Elles les rend plus visibles, plus aiguës, plus difficiles à contourner.


Avant les fêtes : l’anticipation à tout va


La difficulté ne commence pas le soir du réveillon.Pour beaucoup de personnes, elle s’installe bien avant : dès les premières questions, les projections, les attentes implicites.

« Tu fais quoi à Noël ? »,« Tu rentres dans ta famille ? »,« Tu es avec qui cette année ? »

Ces questions, souvent posées « sans mauvaise intention », supposent que les fêtes sont forcément un moment attendu, organisé, désirable. Elles obligent à se situer, à se raconter, parfois à exposer des fragilités que l’on préférerait garder pour soi.


Pour certaines personnes, répondre signifie évoquer un deuil, une rupture, une distance familiale, un conflit, un isolement. Pour d’autres, cela active une anxiété anticipatoire : la crainte de ce qui va venir, de ce qu’il faudra traverser, supporter, contenir.

L’avant-fête constitue ainsi un temps qui peut être émotionnellement et psychiquement chargé, parfois plus éprouvant encore que les fêtes elles-mêmes.


Changer les questions, changer l’espace

Prendre soin, à ce moment-là, peut passer par des gestes simples mais profondément politiques: changer la manière dont on s’adresse aux autres.


Plutôt que demander :« Tu fais quoi à Noël ? »

On peut « ouvrir » avec :« C’est comment pour toi, la fin d’année ? »,« Comment tu te sens à l’approche de cette période ? »,« Est-ce un moment soutenant ou difficile pour toi ? »


Ces formulations laissent la place au flou, à la nuance, au silence. Elles offrent la,possibilité de choisir comment on réponds, à quel point on s'expose ou pas.


Quand le collectif devient une épreuve


Les réunions familiales, les repas ritualisés, les questions intrusives, les silences lourds, les blagues sexistes ou queerphobes, les tensions non dites…Pour beaucoup, « être ensemble » n’est pas synonyme de sécurité.

Dans ces contextes, la santé mentale est mise à l’épreuve : hypervigilance, fatigue émotionnelle, dissociation, sentiment de décalage ou de solitude accrue.

La norme festive laisse peu de place à la complexité des vécus, au retrait, à la protection de soi.


Refuser la joie obligatoire


Il est important de l’affirmer clairement : les fêtes ne sont pas vécues de la même manière par tout le monde, et les traverser avec difficulté fait même partie des expériences humaines ordinaires. Une grande partie des personnes que j'accompagne me fait part de ces difficultés.

La santé mentale ne suit pas un calendrier. Elle ne se conforme pas aux dates symboliques ni aux attentes sociales. Reconnaître cela peut ouvrir un espace de respiration.


Prendre soin autrement : une responsabilité collective


Face à ces réalités, le soin ne peut pas reposer uniquement sur les personnes les plus vulnérables, il ne peut pas être traité de manière individuelle. Il peut être nécessaire de déplacer le regard : penser la santé mentale comme une question relationnelle, communautaire, située.


L’enjeu est d’ouvrir des possibles, d'ajuster ou de créer de nouvelles manières d'être en lien. Pour ça voici quelques axes concrets, à tenter si c'est possible :


👉Pour rendre les invitations plus souples :

Par exemple : inviter en laissant la liberté de venir, de repartir, de décliner sans justification. Nommer explicitement que les plans peuvent évoluer.


👉Pour multiplier les formes de présence

Proposer autre chose que les formats festifs classiques : une marche, un appel, un message, un temps court, ou simplement une attention.


👉Nommer le droit au retrait

Reconnaître que se taire, s’isoler, ne pas répondre aux questions est une manière légitime de prendre soin de sa santé mentale.


👉Penser la solidarité matérielle

Partager un repas, mutualiser des ressources, proposer un couchage ou une aide concrète (lorsque c’est possible et désiré) constitue un soin réel.


👉Prendre des nouvelles sans attendre de réponse

Un message simple qui n'attends pas forcément de réponse comme :« Je pense à toi. »Cela suffit parfois à rompre l’isolement en tentant d'éviter de créer une pression.


👉Le soin comme présence

Prendre soin des personnes vulnérables pendant les fêtes peut « simplement » consister à être présent·e, à côté, sans chercher à résoudre ou à lisser ce qui est vécu, ou au contraire à accepter l'absence, le silence pour ce qu'ils sont : des espaces de prise de soin de soi même.

La santé mentale a besoin d’espaces où la fatigue, l’ambivalence et la lenteur peuvent exister pleinement.


En conclusion

Les fêtes de fin d’année sont traversées de manière très différente selon les trajectoires, les histoires, les conditions de vie. Cette diversité des vécus est une réalité politique.

Prendre soin à cette période, c’est desserrer les normes, ouvrir des espaces, permettre des formes de lien plus souples et plus justes.

Parfois, prendre soin, c’est proposer. Parfois, c’est respecter le refus.

Et parfois, c’est simplement reconnaître pleinement que la difficulté fait partie de l’expérience.


 
 
 

Commentaires


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Nahé Tomek Psy Thérapeute Féministe

Psychotrauma EMDR - DSA

Hypnothérapeute à La Ravoire, proche de Chambéry.

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